figuren theater tübingen

HÔtel de Rive

« Hôtel de Rive » de Frank Soehnle : sombre, mystérieux, énigmatique
Langage, jeux de figures (marionnettes), sonorités et vidéo confluent dans un scénario ombreux et ouvrent le regard sur l'état d'âme du sculpteur et poète Alberto Giacometti. Cette mise en scène riche est une coopération avec la "Compagnie Bagages de Sable" et le théâtre suisse du Stadelhofen. Le comédien Patrick Michaëlis incarne l'artiste Giacometti et dit ses textes: Des souvenirs où réalité et imagination s'estompent. Des images de l'enfance surgissent, celle d'un rocher qui offre refuge; et les images de l'autre bout de la vie, lorsqu'un ami meurt et que le cadavre sème l'horreur. Entre-temps la langue se perd dans la folie, des abîmes de cruauté s'ouvrent.
L'art du texte maîtrisé
Avec son art du dire, accent français compris, Michaëlis attire de façon envoûtante dans ces paysages intérieurs, en même temps qu’il se trouve physiquement souvent englouti dans la structure qui occupe la scène. (Scénographie: Sabine Ebner). L'identité de Giacometti en tant que sculpteur n'apparaît jamais directement dans les textes, mais compose leur centre masqué. Le jeu des figures de Soehnle rend les formes de ce centre visible. Des marionnettes squelettiques et fragiles volettent autour de l’artiste donnant toute la mesure de ses fantaisies. Ces figures, manipulées à vue par Soehnle sur scène, ont l'air de chimères giacomettiennes devenues formes. Elles animent ce lieu intérieur blafard comme une danse macabre : une dame élégante avec une tête en fleur s'y étire dans un verre à vin; deux hommes osselets jouent au tremplin dans le pavillon de deux cors des Alpes; une chemise vivante se jette au cou de l'artiste avec ses bras d'osselets; et finalement les deux pavillons des cors des Alpes se transforment en orbites vides et mortes. Des cors des Alpes qui chuchotent
Les deux musiciens Jean-Jacques Pedretti et Robert Morgenthaler éclairent ces paysages intérieurs à leur façon: avec des cors des Alpes qui chuchotent, des coquillages qui murmurent et des clochettes qui tintinnabulent. Et lorsque les figures de Soehnle s'élèvent pour danser, deux trombones se bercent au rythme d'une valse improvisée en jazz. Les points forts de l'action sont projetés via une caméra vidéo sur le fond de scène et superposés d'une écriture inscrite en directe. (Technique : Christian Glötzner) Ce plan visuel représente en lui-même une œuvre d'art. Ainsi tout conflue dans une atmosphère énigmatique: une lumière tamisée, une langue aride, des sonorités blafardes, des figures fragiles et une vidéo avec ses gros plans de sable, d'une écriture à la craie et d'une peau fripée. Des scènes aussi énigmatiques que l'âme de l'artiste, mystérieuses et fascinantes.
extrait de l'article du Reutinger Generalanzeiger 21 novembre 2011

Une Œuvre d'art totale inspirée de Giacometti
... Soehnle sonde Giacometti de façon obstinée; on avait déjà comparé ses marionnettes du "Flamingo Bar " avec les sculptures de Giacometti. Il en résulte un monde, indescriptible au fond, mais d'une poésie tangible, loin de tout réalisme et d'une forte intensité artistique ...
Ludwigsburger Kreiszeitung, 5.12.11 de Arnim Bauer

Le paysage intérieur se répand dans le vide
...un Homme comme un rocher : le visage recouvert d'une épaisse couche de poussière, le manteau tiré par-dessus la tête ... une frêle créature-marionnette - le corps est composé de lambeaux de tissus délicats - pose son menton carré sur la tête dégarnie de l'homme. ... des cors des Alpes soufflent des bruits de vent dans la vallée sombre de la Stampa. C'est ici que grandissent les rêves de l'enfant Alberto Giacometti jusqu'en Sibérie. ..
Stuttgarter Nachrichten, 4.12.1 de Brigitte Jähnigen

(...)
Ce qui est particulier dans la conception de Soehnle c'est qu'il fait faire la fête à ses figures/poupées. ... elles se meuvent de façon dégingandée et disloquée que c'en est un plaisir ... ... deux cors des Alpes produisent des sons graves et sérieux ... ... au milieu se dresse un plateau, Patrick Michaëlis y est accroupi, un récitant merveilleusement limpide avec une voix sonore ... à un certain moment il n'y a plus que sa tête qui dépasse; deux marionnettes minuscules animées par Frank Soehnle mènent le récitant littéralement par le bout du nez.
Stuttgarter Zeitung, 4.12.11. C. B

(...)
„Dans Hôtel de Rive, les minuscules marionnettes squelettiques évoquent bien entendu les sculptures de Giacometti. Elles représentent les pensées de l’artiste, ses rêves, ses fantasmes et ses fantômes, se servant du visage du comédien (Patrick Michaëlis), «monolithe d’une couleur dorée», comme d’un terrain de jeu. Composant un duo des plus efficaces - on pourrait même parler de pas de deux chorégraphié tant la manipulation est précise – la figuration du dialogue entre le créateur et son œuvre est une vraie réussite. Filmées en direct par une caméra, les images projetées sur l’écran en fond de scène composent des tableaux oniriques et sensuels. «J’ai l’impression d’être un personnage vague, un peu flou, mal situé ». Soehnle a privilégié l’approche surréaliste pour tracer le portrait du sculpteur. Ainsi, dans ce long poème théâtral, point de récit ni de biographie, mais une vision de l’intérieur, intime et puissante, morcelée et énigmatique, de l’âme de l’artiste. Dans La mort de T, la description crue de la mort à l’œuvre, la confrontation avec le cadavre renvoient Giacometti à sa propre finitude, à ses angoisses exacerbées par le cancer de l’estomac dont il souffrait. Cette réflexion sur la mort qui envahit l’espace du vivant ne pouvait qu’inspirer le marionnettiste qui, lui, par la grâce de la manipulation, donne vie à des créatures sorties de son imaginaire.“
Revue Jeu Montréal, 7.03.2014